85. Concentrations de phtalates urinaires et indice de masse corporelle d’enfants d’âge préscolaire (résumé simplifié)

(Urinary phthalates and body mass index in preschool children: The MIREC Child Development Plus study) Ashley-Martin J, Dodds L, Arbuckle TE, Lanphear BP, Muckle G, Foster WG, Ayotte P, Zidek A, Asztalos E, Bouchard MF, Kuhle S. International Journal of Hygiene and Environmental Health Int J Hyg Environ Health. 2021 Mar;232:113689. doi: 10.1016/j.ijheh.2021.113689

Les phtalates sont une catégorie de composés chimiques utilisés pour accroître la malléabilité et la souplesse des plastiques utilisés dans les emballages alimentaires, les jouets et les produits de soins personnels. Les enfants sont couramment exposés aux phtalates dans leur vie de tous les jours. Or, les phtalates peuvent perturber le système endocrinien des enfants, qui sont en pleine croissance, et, selon certaines données, ils pourraient être « obésogènes » (c.-à-d. favoriser l’obésité). Les enfants grandissent rapidement et leur exposition à des composés chimiques pourrait avoir des effets plus marqués que chez les adultes. Il est donc particulièrement important de savoir si des composés chimiques comme les phtalates peuvent avoir un effet sur la croissance et le développement des enfants.

On sait peu de choses sur l’influence d’une exposition en bas âge à cette catégorie de composés chimiques sur l’indice de masse corporelle (IMC ou mesure de la graisse corporelle en fonction de la taille et du poids). Il reste de plus à savoir si l’exposition aux phtalates entraîne les mêmes effets chez les garçons et les filles.

Pour répondre à ces questions, des chercheurs de Santé Canada ont utilisé des données de l’étude MIREC pour examiner l’impact de l’exposition aux phtalates sur l’IMC pendant la petite enfance. Les chercheurs ont mesuré 22 métabolites de phtalates dans l’urine des enfants. Lorsqu’une personne est exposée aux phtalates, son corps transforme les composés chimiques et les élimine dans l’urine sous la forme de produits de dégradation appelés « métabolites ». C’est en mesurant ces métabolites dans l’urine que les scientifiques parviennent à déterminer si la personne a été exposée à des concentrations faibles ou élevées. L’IMC des enfants a été mesuré le même jour que la collecte de leur échantillon d’urine. Les chercheurs ont utilisé des modèles statistiques pour évaluer l’association entre les concentrations urinaires de phtalates et l’IMC.

Environ 200 enfants de deux à cinq ans ont été inclus dans cette étude. Les chercheurs ont pu constater que 18 des 22 métabolites de phtalates se trouvaient en des quantités détectables dans plus de 80 % des échantillons d’urine de ces enfants. Ils ont également signalé que, de façon générale, les enfants dont les concentrations urinaires de phtalate de dibutyle (DBP) étaient plus élevées avaient en moyenne des taux d’IMC modérément plus élevés que les enfants présentant les concentrations de DBP les plus faibles. Les chercheurs n’ont constaté aucune différence entre les garçons et les filles.

En conclusion, il pourrait y avoir une association entre l’exposition au DBP, un phtalate couramment utilisé dans la fabrication d’emballages alimentaires, et un IMC plus élevé chez les enfants d’âge préscolaire. Cela dit, deux des limites de cette étude sont que les phtalates n’ont été mesurés qu’une seule fois dans le temps et au même moment que l’IMC. Les phtalates ne persistent pas longtemps dans l’environnement ou dans l’organisme humain, de sorte qu’une seule mesure offre un instantané de l’exposition plutôt qu’une estimation de l’exposition moyenne dans le temps. Par conséquent, cette étude ne permet pas de conclure qu’une exposition à des concentrations plus élevées de certains phtalates peut causer l’obésité chez les jeunes enfants. Il sera intéressant de voir si des résultats similaires seront obtenus dans des études de recherche où les phtalates seraient mesurés à de multiples points dans le temps avant la mesure de l’IMC.