81. Exposition fœtale aux pesticides organophosphorés et scores de Q.I. chez des enfants canadiens âgés de trois à quatre ans (résumé simplifié)

(Organophosphate pesticides exposure during fetal development and IQ scores in 3 and 4-year old Canadian children) Nkinsa PN, Muckle G, Ayotte P, Lanphear BP, Arbuckle TE, Fraser WD, Bouchard MF. Environmental Research 2020 Aug 7:110023. doi: 10.1016/j.envres.2020.110023

L’utilisation des pesticides organophosphorés (OP) en agriculture est largement répandue, ce qui entraîne l’exposition de la population générale à ces composés chimiques. Les fruits et légumes sont des sources courantes d’exposition chez les femmes enceintes et les enfants. En dépit de données probantes indiquant que l’exposition à des concentrations élevées de ces composés chimiques pourrait être associée à des effets néfastes sur le neurodéveloppement pendant l’enfance, les études sur le sujet sont contradictoires. De plus, seules quelques études ont examiné séparément l’exposition des garçons et des filles.

Cette étude, menée par un étudiant diplômé à l’Université de Montréal, visait à examiner les associations entre l’exposition prénatale aux pesticides OP et le quotient intellectuel (Q.I.) des enfants de l’étude MIREC vers l’âge de trois ans. L’exposition prénatale aux pesticides OP a été mesurée dans des échantillons d’urine recueillis auprès des mères pendant leur premier trimestre de grossesse. Plus précisément, les concentrations de six métabolites de pesticides distincts ont été mesurées et totalisées en métabolites organophosphorés de diméthyl alkyl phosphates (DMAP) et de diéthyl alkyl phosphates (DEAP). Le Q.I. des enfants a été mesuré à l’aide d’un test d’évaluation des capacités cognitives appelé « Wechsler Preschool and Primary Scale of Intelligence-III ». Ce test permet de mesurer les scores du Q.I. verbal, du Q.I. performance et du Q.I. total en se fondant, entre autres, sur une évaluation du vocabulaire et du traitement de l’information. À l’aide de modèles statistiques, les chercheurs ont examiné l’association entre le Q.I. des enfants et leur exposition prénatale aux métabolites des pesticides DMAP et DEAP.

Ils n’ont observé aucune association entre ces métabolites de pesticides et les scores de Q.I. chez les filles. Cependant, chez les garçons, des concentrations plus élevées de métabolites de DEAP ont été associées à un Q.I. verbal et à un Q.I. performance plus faibles. Une augmentation de 10 fois la concentration urinaire de DEAP chez les mères a été associée à une baisse du score Q.I. de 6 points chez les garçons.

Ces résultats laissent entendre que les garçons pourraient être plus vulnérables que les filles aux effets potentiellement néfastes de l’exposition aux pesticides OP. Un des défis de ce type de recherche réside dans le fait que ces pesticides sont rapidement éliminés de l’organisme. Par conséquent, la mesure dans un seul échantillon d’urine par femme n’est peut-être pas un bon indicateur de l’exposition en début de grossesse. Les études à venir devraient prévoir plusieurs mesures par femme au cours de la grossesse pour voir si cette différence observée entre garçons et filles se confirme.