6. Étude des liens entre l’exposition prénatale au phtalate et au bisphénol A et les marqueurs de dysfonction métabolique chez le fœtus dans une cohorte de grossesse (résumé simplifié)

(A birth cohort study to investigate the association between prenatal phthalate and bisphenol A exposures and fetal markers of metabolic dysfunction) Ashley-Martin J, Dodds L, Arbuckle TE, Ettinger AS, Shapiro GD, Fisher M, Morisset AS, Taback S, Bouchard MF, Monnier P, Dallaire R, Fraser WD. Environmental Health. 2014;13:84. doi: 10.1186/1476-069X-13-84

Le terme dysfonction métabolique sert à décrire une anomalie du corps à utiliser ou à stocker de l’énergie, et qui est souvent associée à des taux plus élevés d’obésité et de diabète. L’obésité et le diabète de type 2 sont en constante augmentation au Canada (et dans d’autres pays). On pense que l’exposition prénatale aux contaminants environnementaux pourrait faire partie des facteurs en cause. Il s’agit de deux problèmes de nature métabolique affectant la métabolisation des graisses et des glucides (sucres), incluant une composante hormonale. Or, certains contaminants environnementaux comme le bisphénol A (BPA) et les phtalates peuvent perturber l’action de ces hormones, d’où leur appellation de « perturbateurs hormonaux (ou endocriniens) ». Le BPA sert à la fabrication des plastiques durs et transparents. On peut le retrouver également dans la résine d’époxy qui couvre l’intérieur des boîtes de conserve métalliques et des cannettes de boisson, ainsi que dans le papier thermique des reçus de caisse et des billets. Quant aux phtalates, il s’agit d’une famille de produits chimiques qui rendent le plastique mou, flexible et moins cassant. Souvent appelés plastifiants, leurs applications industrielles et commerciales sont nombreuses : planchers de vinyle, produits adhésifs, détergents, plastiques pour véhicules automobiles, certains jouets d’enfant et produits de soins personnels (savon, shampoing, fixatif pour les cheveux, verni à ongles). Certains phtalates sont également utilisés comme solvants pour d’autres matériaux. Vu l’usage répandu du BPA et des phtalates, les Canadiens sont de plus en plus préoccupés par leur présence dans l’environnement et les effets qu’ils pourraient avoir sur la santé.

Cette recherche, basée sur les données de l’étude MIREC, a porté sur les liens entre l’exposition in utero au BPA et aux phtalates et les biomarqueurs de la dysfonction métabolique à la naissance. (Un biomarqueur est une substance mesurable dans un organisme donné, et qui peut servir d’indicateur d’un trouble ou maladie, d’une exposition environnementale ou de tout autre état physiologique.) Deux hormones – la leptine et l’adiponectine – ont été mesurées dans le sang de cordon de 1363 nouveau-nés, puisque l’on sait que de faibles taux d’adiponectine et des taux élevés de leptine pourraient être associés à une dysfonction métabolique.

Les échantillons d’urine, fournis par les participantes au 1er trimestre de grossesse, ont servi à mesurer le BPA et 11 métabolites de phtalates. Des produits chimiques comme les phtalates peuvent être absorbés par le corps, puis décomposés (métabolisés) et excrétés dans l’urine sous forme de métabolites. Les chercheurs ont alors étudié la relation entre les niveaux de phtalates et de BPA dans l’urine de la mère et l’adiponectine et la leptine dans le sang du cordon ombilical.

Les résultats montrent que les niveaux de leptine dans le sang de cordon étaient plus élevés chez les filles que chez les garçons, alors que l’adiponectine ne variait à peu près pas entre les sexes. Par ailleurs, une concentration modérée du métabolite de phtalate MCPP dans l’urine de la mère était associée à des niveaux plus élevés de leptine dans le sang de cordon des garçons. Aucune autre tendance n’a été observée pour les autres produits chimiques étudiés.

Cette recherche montre que l’exposition de la femme enceinte à certains composés chimiques que l’on retrouve communément dans l’environnement pourrait avoir un impact sur des hormones associées à la fonction métabolique chez le fœtus. De nouvelles recherches devront toutefois être menées pour savoir si ces changements hormonaux pourraient affecter la croissance durant l’enfance et favoriser l’obésité ou le diabète de type 2 plus tard dans la vie.