Quelques notions de base pour bien lire des publications scientifique

Nous sommes heureux de vous communiquer les résultats publiés des études de suivi MIREC. Nous tenons aussi à remercier les participants de la cohorte MIREC qui ont rendu cette recherche possible. Avant que vous ne jetiez un œil à ces articles, nous avons pensé qu’il serait utile de vous fournir des renseignements généraux sur les études de recherche et la façon de les interpréter. Nous vous invitons par la même occasion à nous faire part de vos commentaires sur la présentation de ces résultats.

Les chercheurs de l’étude MIREC et leurs étudiants, de même que les autres scientifiques qui ont analysé les données de la Biobanque MIREC, ont publié leurs résultats dans les articles que nous vous présentons aujourd’hui. Ces articles ont été évalués par des pairs qui sont aussi des experts du domaine à l’étude.

A. Interprétation des publications sur les données et résultats de biosurveillance

Qu’est-ce que la biosurveillance?

La biosurveillance consiste à mesurer une substance chimique (ou ses métabolites – voir définition, plus bas) dans les tissus et les liquides corporels d’une personne, comme le sang ou l’urine. Cette mesure donne une estimation de la quantité de la substance présente dans l’organisme d’une personne en raison de son exposition aux différentes sources combinées de cette substance (par exemple, l’air, le sol, l’eau, la poussière et les aliments).

La présence d’un produit chimique dans le sang ou l’urine d’une personne n’est pas forcément synonyme d’un risque quelconque pour la santé de cette personne.

Grâce aux nouvelles technologies, les laboratoires disposent désormais d’équipements et de tests de grande sensibilité pour détecter de très petites quantités de nombreux produits chimiques. Par exemple, les concentrations d’une substance chimique dans l’urine ou le sang sont souvent indiquées en microgrammes par litre (µg/L) ou en parties par milliard (ppb); 1 ppb correspond à environ une goutte de la substance dans un volume d’eau équivalant à celui d’une piscine olympique.

Quant aux effets nuisibles qu’un contaminant peut éventuellement exercer sur la santé d’une personne, ils dépendent de nombreux facteurs, notamment :

  • la toxicité du contaminant,
  • les concentrations du contaminant auxquelles la personne a été exposée,
  • la durée d’exposition au contaminant au cours de la vie de cette personne,
  • l’état de santé général de la personne,
  • et de nombreux autres facteurs connus et inconnus.

Que nous révèlent les données de biosurveillance?

Les données de biosurveillance d’une population donnée, comme les participants de l’étude MIREC, peuvent nous informer sur la nature et la concentration des contaminants présents dans leur organisme. Ces données peuvent ensuite être utilisées pour déterminer les groupes de femmes dont les niveaux d’exposition sont élevés par rapport à d’autres groupes (p. ex., selon l’âge, la race, le revenu du ménage) et pour examiner d’éventuelles associations entre le niveau d’exposition et l’état de santé.

Qu’est-ce qu’un métabolite?

Lorsque l’organisme métabolise une substance chimique, il la décompose ou la transforme en une autre substance appelée « métabolite »; cette transformation peut avoir pour effet de réduire la toxicité de la substance ou de faciliter son élimination de l’organisme.

B. Interprétation des publications traitant d’associations potentielles entre différentes substances chimiques et la santé

En règle générale, une étude ne permet pas à elle seule de déterminer la concentration à partir de laquelle une substance chimique peut avoir des effets sur la santé. Le plus souvent, les études font plutôt état d’une association statistique entre les concentrations du produit chimique visé et la santé des participants à l’étude. La découverte d’une association entre une substance chimique et certains effets sur la santé ne signifie pas pour autant que cette substance est la cause du problème de santé.

Une seule étude de recherche ne permet pas d’établir clairement un lien de cause à effet. L’établissement d’un lien de causalité repose en fait sur les cinq critères principaux suivants :

  • la force de l’association (l’importance du risque relatif– ce terme est défini plus loin);
  • la cohérence (résultats similaires observés dans d’autres études);
  • le moment (l’exposition à la substance chimique soupçonnée d’avoir causé l’effet sur la santé doit avoir eu lieu avant que cet effet ne survienne);
  • la plausibilité (doit pouvoir se justifier sur le plan biologique);
  • la dose-réponse (un changement dans la concentration d’exposition à la substance chimique entraîne un changement du risque relatif de l’effet sur la santé).

Ainsi, plusieurs études doivent avoir été menées auprès de différentes populations chez lesquelles des associations et des estimations du risque similaires ont été constatées avant que le poids des données probantes ne corrobore un lien de cause à effet entre les niveaux d’exposition à la substance chimique visée et les effets sur la santé observés.

Certaines substances chimiques, comme celles qui sont issues de la cigarette, ont fait l’objet de nombreuses études de recherche qui, ensemble, nous permettent de bien comprendre les risques pour la santé associés au tabagisme. Cela dit, en ce qui concerne la majorité des contaminants environnementaux mesurés dans le cadre de l’étude MIREC, des recherches plus poussées sont nécessaires pour déterminer si les niveaux d’exposition signalés sont réellement préoccupants.

Qu’entend-on par « risque relatif »?

Une des méthodes permettant de mesurer les associations potentielles entre l’exposition à une substance chimique et un effet néfaste sur la santé consiste à calculer le risque relatif (RR). Le risque qu’une exposition à une substance chimique donnée entraîne un effet néfaste sur la santé n’est en fait qu’une probabilité (ou une possibilité); comme il est mesuré pour un groupe, il ne peut pas être interprété à l’échelle individuelle. Les études font souvent état d’un risque relatif (RR), c’est-à-dire de la probabilité d’observer un effet néfaste sur la santé dans un groupe exposé divisée par la probabilité d’observer ce même effet dans un groupe similaire non exposé (groupe témoin). Un RR de 1,0 indique que l’exposition n’a aucun effet – la probabilité d’observer l’effet néfaste sur la santé est la même dans le groupe exposé et le groupe non exposé (risque de 50:50). Un RR de 1,8 signifie que la probabilité d’observer un effet néfaste sur la santé est presque deux fois plus élevée dans le groupe exposé que dans le groupe non exposé. De la même façon, un RR de 3,5 signifierait que le groupe exposé est 3,5 fois plus susceptible de présenter un effet néfaste sur la santé que le groupe non exposé.

Les chercheurs calculent aussi un intervalle de confiance (IC) à 95 % pour chaque risque relatif (RR), afin d’indiquer si le résultat est statistiquement significatif ou d’établir la probabilité que l’effet se soit produit par hasard. Par exemple, un RR de 1,8 dont l’IC à 95 % de 1,2 à 3,5 est statistiquement significatif, étant donné que l’intervalle de confiance exclut la valeur 1,0. Si l’IC comprenait cette valeur (p. ex., RR = 1,8; IC à 95 % : 0,79 à 4,3), le résultat serait interprété comme « non statistiquement significatif » et indiquerait l’absence d’une association entre l’exposition et l’effet néfaste sur la santé.

Il importe de se rappeler que le fait qu’un risque relatif statistiquement significatif soit observé dans une étude ne signifie pas nécessairement que l’exposition a eu un effet néfaste sur la santé, mais simplement que l’étude a permis d’observer une association entre une exposition et un effet donnés. L’association observée peut être le fruit du hasard ou résulter de la façon dont l’étude a été conçue ou menée. Plusieurs études auprès de différentes populations mettant en évidence des associations semblables (risques relatifs) sont nécessaires avant que le poids des données probantes n’atteste d’un lien de cause à effet entre les niveaux d’exposition à une substance chimique et le résultat sur la santé observé.

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