3. Exposition aux phtalates et au bisphénol A chez les femmes enceintes au Canada – Résultats de l’étude MIREC (résumé simplifié)

(Phthalate and Bisphenol A Exposure among Pregnant Women in Canada – Results from the MIREC Study) Arbuckle TE, Davis K, Marro L, Fisher M, Legrand M, Leblanc A, Gaudreau E, Foster WG, Choeurng V, Fraser WD; MIREC Study Group. Environment International. 2014 Jul;68:55-65. doi: 10.1016/j.envint.2014.02.010

Les phtalates et le bisphénol A (BPA) sont deux substances chimiques que l’on retrouve abondamment dans l’environnement. Ils ont reçu beaucoup d’attention de la part des médias au Canada, ce qui a contribué à conscientiser le grand public à leur présence. Le BPA sert à la fabrication des plastiques durs et transparents. On peut le retrouver également dans la résine d’époxy qui couvre l’intérieur des boîtes de conserve métalliques et des cannettes de boisson, ainsi que dans le papier thermique des reçus de caisse. Quant aux phtalates, il s’agit d’une famille de produits chimiques qui rendent le plastique mou, flexible et moins cassant. Souvent appelés plastifiants, leurs applications industrielles et commerciales sont nombreuses : planchers de vinyle, produits adhésifs, détergents, plastiques pour véhicules automobiles, des jouets d’enfant et produits de soins personnels (savon, shampoing, fixatif pour les cheveux, verni à ongles). Certains phtalates sont également utilisés comme solvants pour d’autres matériaux.

Les phtalates et le BPA sont tous deux des perturbateurs hormonaux (ou « endocriniens ») possiblement liés à des effets nocifs sur la reproduction et le neurodéveloppement. On les retrouve couramment dans les échantillons d’urine, lors d’enquêtes sur les populations, mais peu de données existaient sur les femmes enceintes en particulier, notamment au 1er trimestre de la grossesse, période critique pour le développement de l’enfant. Pour pallier ce manque, des recherches ont été menées pour mesurer le BPA et des métabolites de phtalates dans les échantillons d’urine du 1er trimestre des participantes de l’étude MIREC, afin d’identifier des facteurs de prédiction de l’exposition à ces deux produits présents dans l’environnement. (Les métabolites sont des substances produites durant le métabolisme, ou processus chimique du corps, ou des produits qui restent dans le corps après la dégradation d’une substance, ou métabolisation.) Des données démographiques et socioéconomiques ont été collectées à l’aide d’un questionnaire administré aux 2001 participantes de l’étude recrutées au 1er trimestre de leur grossesse dans 10 villes canadiennes. L’échantillon d’urine qu’elles ont alors fourni a permis de mesurer le BPA total et 11 métabolites de phtalates.

Presque 88% des participantes avaient des niveaux de BPA détectables dans l’urine. Une analyse en fonction de l’âge des mères a montré que le BPA diminuait avec l’âge. Ainsi, il était plus élevé chez les fumeuses actives ou celles qui avaient cessé de fumer après le début de la grossesse, comparé à celles qui n’avaient jamais fumé, et il avait tendance à être plus élevé chez les femmes ayant fourni un échantillon d’urine à jeun, chez celles nées au Canada et celles avec un revenu ou une scolarité plus bas.

Plusieurs des métabolites de phtalates analysés étaient plutôt rares chez les participantes de MIREC (détectables dans seulement 15% des échantillons testés). Les plus hauts niveaux ont été observés pour deux des métabolites; un troisième métabolite diminuait avec l’âge des femmes, mais ne changeait pas selon l’heure de la collecte d’urine; alors qu’une quatrième classe de métabolites avait tendance à être plus élevée chez les femmes plus âgées et lorsque l’urine était collectée plus tard dans la journée.

Cette étude offre les premiers résultats de biosurveillance d’une large cohorte de femmes enceintes testées au 1er trimestre de la grossesse. Les résultats indiquent que l’exposition aux BPA et aux phtalates chez les participantes de MIREC était comparable ou inférieure à celle observée chez les femmes en âge de procréer ayant participé à l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS).